Une politique de gauche

dimanche 24 avril 2011


Par Diane Segray, ingénieure, animatrice de la commission énergie-environnement de la section PS Paris12ème et des réflexions sur le développement durable au sein de plusieurs thinks tanks progressistes

La question énergétique est un prisme dont les facettes sont suffisamment multiples pour rendre les débats glissants et complexes : il est souvent difficile de savoir quels enjeux sont débattus (excellence industrielle, armement, indépendance énergétique, sûreté, changement climatique, pouvoir d’achat…) car tous découlent effectivement des choix d’une politique énergétique. Même les deux questions « souhaite-t-on ? » et « peut-on ? » sortir du nucléaire s’entrelacent inefficacement.

Certains angles sont particulièrement saillants parmi les points d’achoppements : une force progressiste capable de les arbitrer dessinera un horizon énergétique durable et renouvelé pour la France. Parmi ceux-ci, savoir si l’on peut répondre autrement aux besoins de la population, et si nous en avons les moyens.

Répondre aux besoins énergétiques de la population

Malgré les 8 ans d’existence de l’appel fondateur de l’association Négawatts, proposer de changer les habitudes pour économiser l’énergie est encore risquer d’évoquer une régression, un antiprogressisme décroissant, le fameux retour à la bougie…Une position durable et de gauche sur l’énergie doit donc répondre à ce paradoxe : enrayer la progression des consommations énergétiques, en particulier des bâtiments et des transports, via d’importants changements des comportements et des secteurs professionnels concernés, tout en s’assurant, pour chacun, d’un accès juste et équitable aux services énergétiques, garants de progrès sanitaires et sociaux.

En France toute sortie envisagée du nucléaire sera bien plus longue et coûteuse qu’ailleurs. Hormis la question des risques, une sortie abrupte n’est donc pas souhaitable car elle favoriserait à court terme des centrales à énergies fossiles que nous ne possédons pas, polluantes, et dont le prix est erratique. Mais des exemples à l’étranger (régions visant le 100% ENR) et des études récentes montrent la voie pour le moyen et long terme vers une sortie progressive : mettre l’accent stratégiquement sur toutes les énergies renouvelables en bouquet, les réseaux intelligents décentralisés et les stockages d’énergie, et économiser l’énergie à toutes les étapes, doivent permettre de dessiner un horizon dépourvu des principaux risques (changement climatique, accident nucléaire) tout en assurant des services énergétiques équivalents à la population. Il devient chaque jour plus évident qu’il ne sera pas possible de résister à cette révolution, et c’est à la France de décider la place qu’elle souhaite y prendre.

La lutte des prix

Quand le prix du baril de pétrole erre régulièrement au-dessus des 100$, proposer une électricité 25% plus bas que la moyenne européenne est effectivement un atout majeur de maîtrise de la facture des ménages et des entreprises. Alors notre dépendance au pétrole fait que sur un déficit commercial total français de 51Mds€, 48Mds€ sont imputables à la facture énergétique, le « prix du kWh électrique » continue de focaliser l’ensemble des débats sur l’énergie : focalisation légitime, a fortiori à gauche, si elle n’empêchait pas de constater les progrès des modèles énergétiques alternatif ni le fait qu’il existe des incertitudes sur les coûts réels et complets du nucléaire (rattrapage du sous-investissement, garantie du risque, démantèlements). Le mythe d’une décision de mix électrique sans coûts pour le contribuable n’existe pas, et le rêve politique d’un prix de l’électricité à jamais bas, message social et économique fort des gouvernements successifs, vacille également. Y répondre passera entre autre par la mise en place d’une péréquation tarifaire sociale plus forte : le prix de l’électricité augmentera bien, mais en épargnant les plus vulnérables et en surtarifant les consommations excessives

Il n’est budgétairement pas possible de mettre les énergies en doublons et la sortie de crise économique rendra nos marges de manœuvre d’autant plus faibles en 2012 : parler de l’avenir du nucléaire c’est donc bien décider le mix électrique dans son ensemble et arbitrer les investissements qui prépareront le mode de vie et la compétitivité de demain. C’est pourquoi débattre des ENR sans débattre du nucléaire, comme le fit le Grenelle de l’Envi ronnement, est au mieux un coup d’épée dans l’eau, au pire du greenwashing à tentative électorale.

Les indicateurs économiques des secteurs des nouvelles technologies de l’électricité, balbutiant en France et explosant à l’international, montrent que les critères de la croissance et des emplois n’ont aucune raison de jouer en défaveur d’un mix riche en énergies propres, bien au contraire. En période de chômage aigu, décourager comme le font les conservateurs, les créations et les reconversions de ces secteurs, est un gâchis dogmatique d’emplois et de croissance que nous devons dénoncer. Le Grenelle des énergies renouvelables s’est transformé en Grenelle du clientélisme renouvelé, et devant la politique en chaud/froid du gouvernement qui déstabilise les investisseurs, il est besoin des forces de gauche pour porter fermement cette autre vision.

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