Edito du secrétaire de section Emmanuel Grégoire
dimanche 15 janvier 2012
Le collectif des économistes atterrés vient de sortir un nouvel ouvrage. Ce collectif de chercheurs, universitaires et experts s’est formé existe depuis février 2011. Il a pour objectif à la fois de dénoncer la domination de l’orthodoxie néo-libérale dans les débats actuels et de proposer des pistes de réflexions et d’action.
Après la publication fin 2010 d’un manifeste dénonçant 10 postulats de la doxa économique et leurs emprises sur l’action publique, le collectif publie ces derniers jours un nouvel ouvrage, Changer d’économie, nos propositions pour 2012. Cet ouvrage, divisé en 11 chapitres reprenant notamment les points du Manifeste est particulièrement intéressant et ambitieux. Il part du constat que les gouvernements et instances européennes ont tous appliqué le même principe, rassurer les marchés financiers en radicalisant les politiques d’austérité et de concurrence fiscale et sociale. Et ce en dépit d’échecs patents.

La récession s’installe dans la plupart des pays européens et nous restons sous la menace d’une nouvelle crise bancaire. Les désaccords européens sur le comportement à adopter face à ces menaces apparaissent dès lors très inquiétants. Les différents chapitres, tous d’auteurs différents ont en commun une radicalité en opposition à ce qui est dénoncé comme pensée unique, l’omnipotence d’une globalisation au service de la finance et une sévère critique de l’Europe qui a rabaissé l’emploi, le travail et la protection sociale à des variables d’ajustement au service la rentabilité. Enfin, les auteurs refusent l’instrumentalisation de la dette publique utilisée pour justifier les politiques d’austérité. Ils proposent et explorent des réformes tout à fit convaincantes pour certaines d’entre elles : désarmement des marchés financiers, réorientation du système bancaire, réforme fiscale, renouveau des services publics, refonte des traits européens pour mettre fin à la concurrence fiscale et sociale et imposer une convergence par le haut, relance des investissements publics pur financer l’emploi et la transition écologique, une politique active de l’emploi, de nouvelles méthodes de gestion des entreprises, … L’analyse de la dette est particulièrement intéressante dans la mesure où il n’ya pas consensus entre l’ensemble des membres du collectif. Bien sur un diagnostic partagé sur le piège de l’austérité et la prédation/dépendance des marchés financiers ; mais les solutions ne sont unanimes notamment du fait de l’incertitude sur la solidarité européenne. La BCE doit-elle garantir les dettes publiques, et assurer un accès au crédit à des taux très faibles ? Ou alors, compte tenu de l’instabilité européenne, doit-on appuyer le financement de l’état sur l’emprunt direct auprès des ménages et par la BCE de façon à contourner les marchés qui resteront toujours méfiants à l’endroit de la zone euro.
Au final, une ode au keynésianisme (et une revanche ?) avec des propositions fortes et structurées (chaque chapitre s’achève par une présentation structurée et didactique de propositions), les auteurs assument une radicalité rationnelle, de celles qui rendent les choses possibles. Au commencement, les idées neuves sont toujours minoritaires.
Amitiés socialistes
Emmanuel Grégoire