2012 : pour une vraie politique industrielle d’énergie renouvelable

vendredi 11 mars 2011


Après la mise en place d’un moratoire sur les raccordements électriques des installations solaires, voici que la France souhaite instaurer des quotas solaire (comme s’il s’agissait de quotas carbone !), à savoir 500 MW par an quand nos voisins allemands sont à 8.000MW.

Ces décisions ont eu pour premier effet l’annulation de plus de 800 millions d’euros d’investissement en création/extension d’usines de panneaux solaires français, et certains fabricants sont en train de préparer le démontage et la délocalisation des unités de production existantes vers des pays disposant d’un vrai marché. Nous risquons ainsi de précipiter la désindustrialisation verte avant même qu’elle n’ait commencée, tout en favorisant l’arrivée de produits chinois.

A l’échelle de notre entreprise, la situation actuelle remet potentiellement en cause plus de 2 ans de travail et d’investissements conséquents en temps et en études. Le dénigrement systématique subi par le solaire ces derniers temps produit un effet dommageable sur les collectivités locales avec lesquelles nous travaillons le plus souvent et qui perdent confiance dans la faisabilité des projets.

Les justifications avancées tiennent le plus souvent de la comparaison effectuée entre les ENR et le nucléaire. Or, nous tirons le bénéfice d’un kWh parmi les moins chers d’Europe grâce au programme nucléaire amorti mais aussi grâce à la non prise en compte d’un certain nombre d’éléments. Problèmes de sécurisation et de déchets pour les siècles et les générations à venir, problèmes géopolitiques liés à l’uranium qu’il faut extraire dans des pays peu démocratiques comme le Niger, avec son cortège d’implications diplomatiques. Ce pays, dont nous extrayons 30% de notre combustible nucléaire, conserve pourtant avec une consternante régularité la dernière place de l’indice de développement humain. C’est même le seul pays en 2010 à être dans la catégorie IDH de moins de 0,350 (Haïti : 0,546).

Le solaire a été placé sous le feu des projecteurs tout au long de l’année 2010, harcelé de décrets, ses tarifs d’achats baissés de 40%, son crédit d’impôt baissé de 55% et ses outils d’incitation fiscale (loi Girardin et Dutreil) supprimés. Pendant ce temps, la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires se fait sans débat public à raison de 600 à 800 millions d’euros par réacteur (il y en a 58). Mais comment lancer une filière industrielle du renouvelable sans investissement ? Cela fait à peine 2 ans que le solaire débute en France et il aurait dû en un si court laps de temps devenir une filière mature et concurrentielle là ou nucléaire a bénéficié de 50 années de subventions et de soutien massif de la part de l’Etat ? Pourquoi une telle différence ?

Ces décisions ré-engagent la France dans la seule voie du nucléaire, sans débat et en tuant dès le départ toute autre filière industrielle. Le secteur énergétique français est ainsi contraint à miser tous ses œufs dans le même panier. Pourtant le nucléaire ne produit que 15% de l’électricité mondiale et cette part ne cesse de diminuer malgré la construction de nouveaux réacteurs - qui ne suffissent pas à enrayer la fermeture des plus anciens. Le nucléaire est de plus en plus dépendant d’autres pays (cuves de l’EPR fabriquées par le Japon, Uranium totalement importé). Le kWh nucléaire coute de plus en plus cher, il est passé de 3/4cent€ à 5,5/7cent d’euros en moins de 10 ans quand le kWh des ENR ne cesse de baisser et n’est lié structurellement au cours d’aucune énergie fossile. Ainsi le kWh solaire est passé dans les pays les plus avancés de plus de 60cent à moins de 20cent en seulement 5 ans , le kWh éolien terrestre est à parité réseau et le kWh éolien maritime est en passe d’atteindre cette parité.

Pendant ce temps l’EPR perd un à un les appels d’offres internationaux. Nous voici réduits à inventer le concept « machine expresso » : EPR à prix cassé mais au combustible onéreux. Si cela peut faire illusion quelques temps, la menace concurrentielle portée par les Coréens, les Allemands et les Russes, sans compter la Chine, ne laisse que peu de chances à notre EPR. Comment vendre une machine plus chère, pas plus sûre pour autant et largement surdimensionnée quand nos concurrents proposent tous des produits moins chers, au moins aussi sûr et dans des gammes plus variées ?

Pourtant notre pays dispose d’atouts industriels indéniables, une main d’œuvre qualifiée et très productive, des infrastructures de premier plan, des entreprises nationales de premier rang, une qualité et un cadre de vie largement au dessus de la moyenne pour ses employés et des capacités de financement importantes. Nombreux sont ceux qui mettent en avant, avec forces études, tribunes, prises de positions l’opportunité unique dont dispose la France aujourd’hui pour se placer sur le marché de l’éolien off shore. Le solaire qui est en train d’émerger en France, avec une capacité de production made in France (seuls 25% des panneaux solaires sont importés de Chine en 2010) qui devait passer de 450 MWc à 650 MWc en 2011 pour un marché annuel de 850 MWc voit ses projets de créations et d’extensions d’usines abandonnés, ses investisseurs lassés des promesses non tenues et des revirements incessants. Et pourtant l’opinion plébiscite les ENR, les collectivités locales les soutiennent fortement, les industriels qui voient nos voisins européens y investir massivement veulent s’y lancer.

Ainsi nos voisins sont en train de lancer d’importantes filières de production d’énergies renouvelables, l’Angleterre dans l’éolien off shore, l’Allemagne dans l’éolien et le solaire, etc.. Ces secteurs connaissent des croissances colossales, créent des centaines de milliers d’emplois le plus souvent non délocalisables et les perspectives à long terme sont de plus en plus attractives. Resterons-nous sur le bord de la route à regarder passer les trains d’éoliennes et de panneaux solaires ?

Il faut doter la France d’objectifs plus ambitieux dans les ENR. Il faudrait également que la France se donne les moyens d’atteindre ceux fixés pour 2020, plutôt que d’être l’un des seuls pays européens à ne pas y arriver. La France doit produire 23% d’énergie renouvelable en 2020 et dans l’état actuel des choses nous ne dépasserons pas 17%. L’objectif de 2010 était déjà de 21%, nous en sommes à 14%.

Corentin SIVY

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